octobre en chanson – 17 octobre 1961

ici on noie les algerien 17 octobre 1961
Finies les vendanges en octobre,
Le raisin fermente en tonneaux,
Ils sont très fiers de leurs vignobles,
Leurs « Côtes-du-Rhône » et leurs « Bordeaux »,
Ils exportent le sang de la terre
Un peu partout à l’étranger,
Leur pinard et leur camembert
C’est leur seule gloire à ces tarés.
Renaud Hexagone
En réfléchissant à cet article consacré au mois d’octobre dans la chanson, j’ai fait une recherche du mot « octobre » dans les titres des musiques de mon disque dur. Cela a fait sortir la chanson de la Tordue Paris, oct61.
Forcement, j’allais la mettre. En cherchant un peu, merci wikipédia, je re-découvre, qu' »heureusement » d’autres chansons traitent du 16 octobre 1971.
Cet article est donc une commémoration musicale du massacre de ce jour.
J’écris cet article pour dénoncer les violences de la Police couvertes, au minimum de fait, part les autorités.
Étant anti-colocalisation et pacifique, cela ne veut pas dire que j’approuve tous des choix et méthodes du FLN et autres structures indépendantistes. Je me contente de rappeler que la police française, dans l’exercice de ces fonctions à tuée des civiles non-armées. Et cela est inacceptable d’un état dit de droit.

Quelques rappels

La guerre d’Algérie dure depuis déjà longtemps et semble toucher à sa fin car des discussions commencent à se faire.
Mais les différentes forces en présence ont chacune des objectifs divergeants et veulent être en position de force. Pour cela, le Front de Libération National (FLN), qui mène la guerre pour la libération de l’Algérie, dans un contexte ultra-tendu de violence et en Algérie et en métropole organise une manifestation pacifique à Paris le 17 octobre 1971.
Les travailleurs-euses algérien-ne-s bravent le couvre-feu qui ne s’applique qu’à la population Nord-africaine et viennent sans armes à différents endroits de la capitale pour manifester.
Une répression d’une violence inouïe s’abat : arrestation, matraquage, tire à balles réelles et corps des blessés ou morts jetés à la Seine. Le tout avec au mieux le silence complice du préfet de police Maurice Papon.
Pour plus de détails :
  • article de wikipédia
  • l’émission de France Inter Rendez-vous avec M. X de juillet 20107
    Texte introductif de l’entretien

    Il s’agit de l’une des pages les plus noires de notre histoire contemporaine : la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961. Ce jour-là, ou plutôt cette nuit-là, les forces de l’ordre, policiers, gendarmes, CRS confondus ont fait preuve d’une violence inouïe, rarement vue sur le territoire français. Un véritable déchaînement au cœur de Paris qui a sans doute fait au moins 200 morts parmi les manifestants. Et pendant plusieurs jours on repêchera régulièrement des cadavres dans la Seine. Pourtant, ces événements sanglants passeront presque inaperçus. Il est clair que la France n’a pas voulu voir. Et d’abord parce que les victimes étaient des indigènes, comme on disait à l’époque. C’est à dire des Français de seconde zone. Cet aveuglement sera tel que les autorités, à commencer par le préfet de police Maurice Papon, pourront longtemps prétendre que seuls trois hommes ont trouvé la mort ce 17 octobre 1961. Et encore l’un d’entre eux, un européen, n’aurait-il été victime que d’une crise cardiaque.

    Censure, indifférence, mensonges, amnistie précipitée se seront donc conjugués afin que ce massacre soit rejeté dans les oubliettes de l’Histoire. Et il faudra presque 30 ans et l’ouverture du procès de Maurice Papon pour crimes contre l’Humanité pour que la vérité, accablante, émerge peu à peu.

    Mais le plus étonnant n’est peut-être pas là. Pourquoi, alors que la paix en Algérie semblait pratiquement acquise en cette fin 1961, une manifestation pacifique a-t-elle été réprimée de façon aussi meurtrière ? Quels étaient les mobiles des uns et des autres ? Qui avait intérêt à noyer dans le sang ce sursaut de fierté des Algériens de France ?

    Monsieur X essaie de démêler les fils d’une affaire qui demeure une tache indélébile sur l’histoire de notre pays.

 

Paris, oct.61

la tordue les choses de rienLa Tordue, groupe que j’apprécie fort pour le côté aux paroles poétiques et militantes à commis en 1995 Paris, oct. 61 sur leur 1er album Les choses de rien.

Pour présenter cette chanson je laisse un groupe de professeur d’histoire géographie  (http://lhistgeobox.blogspot.fr/) le faire. Pour lire l’intégrale de l’article c’est ici.

La Tordue s’inscrit dans la mouvance du courant néo-réaliste qui gagne la chanson française au cours des années 1990 (Têtes Raides, Casse Pipe…). De 1989 à 2003 (date de leur séparation, ils insufflent une énergie poétique salvatrice dans leurs compositions.
Avec ce « Paris, oct.61 », le groupe revient sur les ratonnades policières d’octobre 1961.

Après un premier couplet assez classique dans lequel, les grenouilles de bénitier en prennent pour leur grade, la chanson dérive ensuite vers l’évocation du massacre des manifestants algériens :
« Que la Seine est jolie / Ne s’raient ces moribonds / Qui déshonorent son lit / Mais qu’elle traîne par le fond / Inhumant dans l’oubli / Une saine tuerie / C’est paraît-il légal ».

Le groupe évoque « ces rats d’souche pas franche » en référence au terme injurieux servant à désigner les Algériens, les « ratons » (qui donnera le terme de ratonnade, c’est-à-dire leur passage à tabac). Un peu plus loin, ils évoquent l’oubli (organisé) dans lequel est tombé l’événement : « Et on leur fit la peau / Avant d’perdre la mémoire….. ».

Paris sous Paris
Paris sous la pluie
Trempé comme une soupe
Saoul comme une barrique
Notre-Dame est vierge
Même si elle est à tout l’monde
Et malgré son penchant
Pour les cierges
A l’heure où les gargouilles baillent
Le bossu du parvis
S’en va pisser sa nuit
Dans les gogues du diable
Alors bavent les gargouilles
Sur les premières grenouilles
S’entend de bénitier
Bien plus bêtes que leur pied
Qui ne fut jamais pris
O pas de mauvais plis
Dans leur lit refroidi

Tombeau des vieilles filles
Cachot de la vertu
Pourtant pas d’ciel en vue
Surtout pas de septième
Pour ces corps en carême
Au cœur empaillé
Au cul embastillé
A l’abri des bascules
Et à leur grand dam
Qui est tou’minuscule
Ne connaîtront jam-Ais
ni la grâce ni les
Grasses matinées

C’pendant que Paris
Paris sous Paris
Paris Paris saoul
En dessous de tout
Dessaoule par d’ssus les ponts
Que la Seine est jolie
Ne s’raient ces moribonds
Qui déshonorent son lit
Mais qu’elle traîne par le fond
Inhumant dans l’oubli
Une saine tuerie
C’est paraît-il légal

Les ordres sont les ordres
c’est Paris qui régale
Braves policières hordes
De coups et de sang ivres
Qui eurent carte et nuit blanches
Pour leur apprendre à vivre
A ces rats d’souche pas franche
Qu’un sang impur et noir
Abreuve nos caniveaux
Et on leur fit la peau
Avant d’perdre la mémoire

Des pandores enragés
Aux fenêtres consentantes
et en passant soit dit
Qui ne dit mot acquiesce
Durent pourtant résonner
De la chaussée sanglante
Jusque dans les Aurès
Leurs cris ensevelis
Sous la froide chaux-vive
D’une pire indifférence
Accompagnée de “vivent
les boules Quiès et la France!”

Croissez chères grenouilles
Que l’histoire ne chatouille
Pas t’jours au bon endroit
O bon peuple françois
Dort sur tes deux oreilles
Mais je n’jurerai pas
Loin s’en faut aujourd’hui
Que l’histoire ne s’enraye
Sous le ciel de Paris

Dans la gueule du loup

Les Têtes Raides, groupes dont je suis fan depuis de longue date à comme tradition de mettre sur chacun de leurs albums un poème.
Ils feront d’ailleurs un album uniquement avec des poèmes mis en musique : Corps de mots en 2013.

 

 

 

 

Kateb Yacine signant un autographe, 1956.
Kateb Yacine à Alger républicain

Pour ce qui nous intéresse présentement, il s’agit du poème Dans la gueule du loup de Kateb Yacine sur le 8ème album chamboultou de 1998.

 

 

Peuple français tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux
Tu as vu notre sang couler
Tu as vu la police assommer les manifestants
Et les jeter dans la Seine
La Seine rougissante n’a pas cessé
Les jours suivants
De vomir
De vomir à la face du peuple de la commune
Les corps martyrisés
Qui rappelaient aux parisiens
Leur propre révolution
Leur propre résistance
Peuple français tu as tout vu
Oui tout vu de tes propres yeux
Et maintenant vas-tu parler
Et maintenant vas-tu te taire

 

Octobre 61

On change de style musical pour une chanson qui sort souvent quand j’écoute ma musique au hasard. Je ne sais pas pour vous, mais rythmbox à un drôle de tirage aléatoire qui fait revenir souvent les même chansons.
Je n’avais pas trop prêté attention aux paroles et c’est en préparant l’article que j’ai percuté.

Cette fois-ci je laisse la présentation du groupe et de la chanson à un blog libertaire algérien http://algerielibertaire.over-blog.fr/

Octobre 61 du groupe Brigada Flores Magon, né dans les années 90 de la rencontre entre la scène alternative des années 80 et sa mouvance anarcho-punk des années 90. Ce groupe de street punk est très engagé dans ses textes, on pourrait le définir d’anarcho-syndicaliste et de profondément antifasciste et antiraciste. Sa formation a varié au fil des années et de l’évolution du groupe mais c’est toujours sous le premier nom que sont parus les quatre albums, nom qui vient de Ricardo Flores Magon précurseur et père spirituel de la révolution mexicaine.

La chanson octobre 61 est particulièrement violente, parue en 2000 dans le premier album éponyme elle évoque la guerre en France comme en Algérie, même si le chanteur n’a pas vécu ces événements, à travers ce « je » il appelle chacun à ne pas oublier. Brigada Flores Magon appelle à ne pas oublier ces événements. Dans ce texte il y a aussi des références très précises par exemple « Charonne » fait référence à la mort de plusieurs personnes dans la station de métro Charonne, une manifestation avait été organisée le 8 février 1962 et fut sévèrement réprimée sur l’ordre du préfet Papon, les manifestants avaient tentés de se réfugier dans la bouche de métro: huit sont morts étouffés et un neuvième n’a pas survécu à ses blessures.

lire l’article entier sur le site de l’auteur et lui faire des vues

Je me souviens des drapeaux algériens
Dans le maquis luttant contre l’occupant.
Je me souviens, à Alger, à Oran
Les résistants abattus comme des chiens.
Les hommes de l’ombre criaient indépendance.
Les femmes de l’ombre criaient indépendance.

Octobre 61
Octobre rouge, Octobre noir.

Je me souviens, il pleuvait sur Paris.
Des visages durcis marchaient pour l’Algérie.
Qui a vu les corps flotter dans la Seine ?
Nuit des longs couteaux, vive le FLN !
Ils ont lâché leurs chiens, charognes !
Martyrs algériens, Charonne !

Aujourd’hui, il ne pleut plus sur Paris.
17/10/61

 

Des fleurs dans la Seine

Les Chemins de l errance la VerdaLa Varda est un groupe de folk alternatif fondé en 1999. Je l’ai découvert pour l’article, mais connaissait le projet Les croquants, dont j’ai reconnu la voix du chanteur.

Le folk permet de parler de beaucoup de chose des voyages en Europe et les musique que l’on rapporte mais aussi du massacre du 17 octobre 1961. C’est dans leur 3ème album Les Chemins de l’errance…de 2005

Les paroles sont déchiffrables sur leur site : http://www.lavarda.net/dv/popuperrance/index.html

Une interview du groupe : http://romove.radio.cz/fr/impression/20953

 

17 octobre

medine table d'écouteDans la chanson 17 octobre, le rappeur, controversé, franco-algérien, Médine raconte dans une longue chanson réaliste le voyage d’un « autochtone » quittant l’Algérie Française pour mourir sous les coups de la Police dirigée par le préfet de police Maurice Papon.
C’est dans son deuxième album Table d’écoute de 2006.

 

 

 

Alger, capitale, au commencement des « sixties »
Les pieds-noirs quittent le navire, les colons dératisent
1961, période estivale, c’est la guerre d’Algérie et son festival
Et son lot de discrimination, de tortures, d’exactions tout un ramassis d’ordures
Quelques degrés au Nord de l’équateur
Je quitte l’Algérie française, un pincement dans le coeur
Voici mon parcours Ahmed, fils de Mohamed
Gangrené du corps par la misère du Maghreb
Par les meurtres les soirs de couvre-feu, par la peur du soldat français qui ouvre le feu
Ouvre les voiles petit paquebot libérateur
Emmène moi au pays des employeurs
Loin de l’inactivité beur algéroise
Loin de ceux qui transforment nos mosquées en paroisses
Basilique de Notre-Dame d’Afrique s’éloigne de mon regard lorsque les mouchoirs s’agitent
Verse une larme dans la méditerranée
Une goutte d’eau dans la mer contient la peine de ma terre damnée
Accoste a Marseille, port autonome, Citée Phocéenne un étranger parmi les autochtones
Direction Saint Charles gare ferroviaire embarquement quai 7, voiture 6, wagon fourrière
Croise le regard des îlotiers me foudroyant le cœur comme un tir de mortier

Reçoit la flèche de la haine par les appelés du « Contingent »
« Tes papiers !
– Je suis français missieur l’agent  »
Chemin de fer, terminus Paris Gare de Lyon
La métropole et son peuple par million
Quelques dizaines de francs serrés dans un poing
Serviront de premier contact au café du coin
Moi qui cherchait de la chaleur j’eu le sang glacé
Quand mes yeux rencontrèrent les leurs couleur iceberg bleuté
Bluffé par leur manque d’hospitalité ainsi sont-ils ?
Moralisateurs sans moralité
Démoralisé je reprends le chemin lequel me conduira dans les quartiers maghrébins
Nanterre, monticule de bidonvilles habitation précaire pour mon entrée en vie civile

« Je ne laisserai pas les tueurs du FLN faire la loi dans Paris !
A partir de maintenant pour un coup reçu … vous en rendrez 10 !  »

Ici rien de bon pour les ratons m’a dit le commissaire sanguinaire de mon canton
Après m’avoir uriné sur les mains, le gardien de la paix casse du cru au quotidien
17eme jour du mois d’octobre, le FLN a décidé de mettre fin à l’opprobre
En effet, le journal de la veille titrait :
« Couvre-feu recommandé pour les immigrés »
Non ! La réaction ne s’est pas faite attendre
Algériens de France dans les rues nous allons descendre
Protester contre leurs lois discriminatoires
Investissons leurs ponts et leurs centres giratoires
Embarqué dans un cortège pacifique, nous réclamons justice pour nos droits civiques
Mais la police ne l’entend pas de cette oreille
En cette période nous sommes un tas de rats rebelles
Marchons en direction du pont Saint-michel
Nous verrons bien quelle sera l’issue de cette querelle
Une fois sur la berge j’aperçois le cortège d’accueil
Qui souhaite faire de ce pont notre cercueil
Les camps s’observent et se dévisagent
Un silence de mort s’installe entre les deux rivages
Puis une voix se lève, scande  » A bas le couvre-feu  » et ouvre le feu
La première ligne s’écroule et commence la chasse à l’homme
Je prends mes jambes à mon cou, comme un pur-sang je galope
Mais le pont est cerné, nous sommes bernés
Dans une prison sur pilotis nous sommes enfermés
Pas une, pas deux mais une dizaine de matraques viennent me défoncer le crâne
Et mes os craquent sous mon anorak
Ma bouche s’éclate bien sur le trottoir
Leurs bouches s’esclaffent bien grandes de nous voir
 » Nous allons voir si les rats savent nager
Au fond de la Seine vous ne pourrez plus vous venger  »
Inconscient, gisant dans mon propre sang
Les brigadiers en chef par tous les membres me saisissant
Amorce ma descente là où passent les péniches
S’assurent de ma mort frappant ma tête sur la corniche
Je tombe comme un déchet au vide-ordure
Dans la chute violemment ma nuque a touché la bordure
Liquide poignardant tout mes orifices, le fleuve glacial un bûcher chaud pour mon sacrifice
Monsieur Papon a jugé bon de nous noyer
Aucun pompier pour étouffer le foyer
On n’éteint pas des braises avec un verre de GASOLE
Sans penser aux tirailleurs et combattants zouaves
Mon cadavre emporté pas le courant
Seras repêché dans les environs de Rouen

D’étranges nénuphars flottent sur la Seine
Séquence long métrage les yeux plongés dans la seine
Dégât des eaux pour les gens des humans-zoo
Déshumanisés les basanés ne font pas de vieux os

D’étranges nénuphars flottent sur la Seine
Séquence long métrage les yeux plongés dans la seine
Dégât des eaux pour les gens des humans-zoo
Déshumanisés les basanés ne font pas de vieux os
Un sceau de pisse dans lequel on nois des rats
Octobre noir, ratonnade sur les boulevards
Ici rien de bon pour les ratons m’as dit le commissaire Maurice Papon
4 mois plus tard on ratonne a Charonne
Les « crouilles » et les « cocos » qui aident les « bougnoules »
132 ans d’occupation française ont servis à remplacer nos cœurs par des braises
Algérie en vert et blanc, étoile et croissant
Devoir de mémoire grandissant
Jezzaïre

17 octobre 1961

En 2009, le rappeur le Fils du béton à son tour écris sur ce massacre.

 

 

 

 

 

 

 

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